Syndicat CGT de la Centrale de Provence
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Le stress au travail, un mal si français
un article de Benjamin Deudon paru sur LExpansion.com du 14 avril 2006 /
vendredi, 14 avril 2006
/ Benjamin Deudon / journaliste à l’Expansion.com
Les femmes et les quadras sont les plus touchés par ce nouveau mal du siècle, selon les résultats de la première enquête nationale sur le stress des Français en milieu professionnel. Le secteur public n’est pas plus épargné que le privé.

Le stress, nouveau mal du siècle dans nos contrées ? On savait que les Français étaient sujets au mal au dos, on sait à présent qu’ils demeurent avant surtout « stressés » au travail. Et pas seulement les cadres, au vu des baromètres régulièrement distillés par l’Observatoire du stress de la CFE-CGC. Pour la première fois, en effet, une étude de l’institut TNS-Sofrès associé pour l’occasion au cabinet de conseil Stimulus, révèle l’ampleur des dégâts à l’échelle nationale. Dans cette enquête menée sur le terrain via une centaine de questions précises auprès d’un échantillon représentatif de 800 personnes par Capital-Santé, un expert des questions relatives à la santé, et qui sera publiée dans Le Figaro Magazine du samedi 15 avril, deux éléments ne laissent pas d’inquiéter.

Primo, le stress en milieu professionnel touche aujourd’hui près d’un Français sur deux. Soit 44% exactement, dont 18% gravement atteints. Les premières victimes de ce mal insidieux ? Les femmes. Elles sont non seulement plus sujettes à cette pathologie que les hommes, mais aussi plus sévèrement. De fait, 55% d’entre elles sont stressées et 26%, à des niveaux très élevés. C’est-à-dire avec une vigueur telle que cela finit par mettre leur capital santé en danger (dépressions voire suicides). Chez les hommes, les proportions tombent respectivement à 34% et 11%. A tout cela, une raison simple, selon le psychiatre Patrick Légeron, par ailleurs directeur du cabinet Stimulus : les femmes doivent endosser globalement davantage de frustrations professionnelles (salaires moindres, fonctions plus ingrates, etc...) sans compter qu’elles doivent la plupart du temps assumer en parallèle du « travail à la maison ». A noter que la ventilation par statut familial délivre un verdict relativement attendu : les personnes séparées ou divorcées (29%) s’avèrent plus souvent « très stressées » que les célibataires (15%) et les personnes mariées (16%).

Secundo, les inégalités, pas toujours évidentes sur le papier, n’en demeurent pas moins criantes. Les quadras (22% très stressés) sont ainsi plus touchés que les jeunes (19%), les trentenaires (12%) ou les seniors (19%). A contrario, le secteur public (43%), que l’on pourrait supposer plus reposant en soi compte tenu du facteur sécurité de l’emploi, ressort curieusement quasi aussi anxiogène que le privé (44%). Mais il est vrai que les salariés du public doivent affronter de plus en plus directement le mécontentement des « usagers ». Enfin, au palmarès des secteurs les plus stressants, les transports (49%) sont jugés plus stressants que le commerce (39%) ou l’industrie (46%) mais sont étonnamment dépassés par la banque et l’assurance (53%) !


"Le stress est le mal français, car on ne s’en occupe pas"

Patrick Légeron, psychiatre à l’hôpital Sainte-Anne, est également directeur du cabinet de conseil Stimulus. Analyste de l’enquête sur le stress au travail publiée samedi dans le Figaro Magazine, il éclaire pour nous cette étude.

En quoi cette étude est inédite ?

On a étudié un échantillon représentatif de la population française au travail. Le stress est mesuré à partir d’échelles scientifiques, contrairement aux études précédentes qui se basaient sur les déclarations des personnes interrogées. Cette étude appréhende les sources de stress, c’est en quelque sorte une photographie du stress des Français.

Les Français sont-ils plus touchés qu’auparavant ?

On ne peut pas tirer de telles conclusions, les éléments de comparaison étant manquants. Cependant, ce qu’on peut dire à partir de nos observations c’est que le problème va sans doute augmenter. 80% des personnes interrogées dans cette étude estiment que dans l’avenir, le stress restera stable ou bien ira en s’accroissant.

Avez-vous été surpris par certains résultats ?

Oui. Par quatre éléments, principalement. Tout d’abord, le fait que les quadragénaires soient autant touchés m’a beaucoup étonné. Ils sont presque deux fois plus nombreux que les trentenaires à être atteint par des niveaux de stress très élevés (22% contre 12%). Une autre surprise a été l’absence de différence entre les secteurs publics et privés. L’intérêt est alors d’analyser les causes. On se rend compte que les facteurs sont totalement différents. Dans le privé, le facteur principal du stress, c’est la pression, l’importance du résultat. Dans le public, par contre, c’est la faible valorisation du travail qui est la cause principale.Troisièmement, le facteur « changement » est primordial. L’environnement du travail n’est pas stable. On se rend compte que de la plus petite des transformations ( changement de logiciel par exemple) à la plus importante (rachat de la société, etc.), l’arrivée d’un élément modificateur est extrêmement mal vécu.Enfin, la perte d’autonomie est loin d’être à négligée. Les gens ont de moins en moins de moyens d’autonomie, ce qui fait qu’on parle de plus en plus de formes modernes de taylorisation.

Peut-on véritablement parler de bon et de mauvais stress ?

Ce ne sont pas des concepts très scientifiques. On peut dire qu’un bon stress se situe à un niveau réel mais pas élevé. C’est à dire qu’il donne le sentiment que toute notre énergie va être mise au service du résultat. A contrario, on parle de stress négatif lorsqu’on constate un décalage trop fort entre l’énergie mise en œuvre et le résultat obtenu, lorsqu’on parle de ramer dans le vide.

Peut-on le combattre ?

C’est la grande question. Le stress est le mal français, car on ne s’en occupe pas. Ce n’est pas une maladie mais une réaction de l’organisme qui, lorsqu’elle est trop forte, peut amener des maladies. On ne s’intéresse pas à cette problématique en France. Elle est soit niée, soit tournée en dérision. En Amérique du Nord, en revanche, elle est abordée dans la stratégie de l’entreprise. On peut agir à cinq niveaux différents. En en faisant un véritable sujet de stratégie, qui doit être abordé au top niveau. Le stress ne doit plus être tabou. On doit aussi se donner les moyens d’évaluer le phénomène, à travers des nouveaux indicateurs. Il faut également repenser l’organisation du travail. Ce point n’est quasiment pas exploré, et pourtant il faudra bien qu’on se penche sur la question un jour. Autre piste très importante, il s’agit de l’axe management. Il va falloir apprendre aux managers à gérer au mieux la dimension psychologique des individus. Ceux-ci vont devoir devenir des gestionnaires d’émotion. Enfin, l’axe individuel va devoir être exploré. Chacun de nous peut apprendre des techniques de relaxation, à prendre soin de soi, pour mieux résister au stress.

Le travailleur moderne peut-il être assimilé à un sportif de haut niveau ?

Exactement. La performance n’est plus seulement liée au technique. De même que pour les sportifs, les aspects mentaux et psychologiques font partie intégrante du travail. Propos recueillis par Benjamin Deudon