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Jean-Michel Bezat et Marie de Vergès | Le Monde le 26.01.2009

Cinquante pays créent l’Agence des énergies renouvelables

mercredi 28 janvier 2009 par Jean-Michel Bezat, Marie de Vergès
Des années d’atermoiements et de multiples obstacles politiques n’ont pas eu raison du projet d’Agence internationale pour les énergies renouvelables (Irena) : elle a été officiellement créée, lundi 26 janvier à Bonn, par cinquante pays –notamment l’Allemagne, l’Espagne et le Danemark, qui se sont engagés de longue date en faveur des énergies vertes. Au total, une centaine de nations seront présentes à cette conférence inaugurale, même si certains grands pays (Etats-Unis, Chine , Japon, Brésil…) ne s’y associeront pas dans l’immédiat.

La signature de la France était encore incertaine lundi matin, malgré la volonté du ministre de l’écologie, Jean-Louis Borloo, d’engager Paris dans l’aventure de la première agence mondiale exclusivement consacrée à ces énergies. L’hostilité du ministère des affaires étrangères était forte, notamment en raison du choix de l’anglais comme seule langue de travail de l’Irena, et l’Elysée n’était pas enthousiaste.

L’agence, avec un budget annuel de 25 millions de dollars, a pour mission de promouvoir le solaire, l’éolien, la biomasse, les biocarburants ou la géothermie (comme l’Agence internationale de l’énergie atomique, AIEA, l’avait fait en son temps pour le nucléaire), afin de sortir la planète d’une économie "tout-carbone" alimentée par le pétrole, le gaz et le charbon. Ses promoteurs veulent aussi jeter des ponts entre le Nord et le Sud en favorisant les transferts de technologie, l’assistance technique et le montage de financements, l’électrification étant une des clés du développement des pays pauvres.

"IL Y A ENCORE AUJOURD’HUI DES RÉSISTANCES"

La nomination des dirigeants de l’Irena interviendra en juin, comme le choix du siège. Fer de lance du projet, l’Allemagne défend la candidature de Bonn, mais l’Autriche, l’Espagne, le Danemark, le Kenya et d’autres sont intéressés. Y compris Abu Dhabi. "Nous souhaitons que l’Irena s’installe à Masdar City", dit Sultan Al-Jaber, patron de la société Masdar, promoteur de l’écocité "zéro carbone" qui ouvrira ses portes dans l’émirat en 2016.

"Pendant longtemps, il n’y a pas eu de consensus. Nous nous sommes heurtés à [l’Organisation des pays exportateurs de pétrole [OPEP]-> mot 179] et à certains pays industrialisés. L’administration Bush était contre. Et il y a encore aujourd’hui des résistances", note Hermann Scheer, député au Bundestag et président de l’association Eurosolar. A quoi bon une nouvelle organisation, puisqu’il existe déjà l’Agence internationale de l’énergie (AIE), assurent ses détracteurs.

"L’Irena devra apporter une vraie plus-value pour justifier son existence, tous les pays signataires sont d’accord sur ce point", prévient néanmoins Didier Houssin, directeur des marchés de l’énergie à l’AIE. A ceux qui l’accusent de ne pas en faire assez, il rappelle la position son agence : "Le développement des énergies fossiles au rythme actuel n’est pas soutenable." Pour Hans Jorgen Koch, secrétaire d’Etat adjoint au ministère danois de l’énergie et ancien directeur à l’AIE, une nouvelle instance est nécessaire pour lancer un mouvement ambitieux, l’AIE restant le porte-voix des pays industrialisés.

L’avenir énergétique plaide en faveur d’une structure ad hoc, a souligné M. Scheer lors du deuxième sommet mondial sur les énergies du futur d’Abu Dhabi. La fusion nucléaire est hypothétique et "toute énergie nouvelle devra provenir des renouvelables". Elles sont, à ses yeux, indispensables si l’on veut lutter efficacement contre le réchauffement climatique et fournir du courant aux 9 milliards d’habitants que comptera la Terre en 2050.

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